Voilà plus de six ans que j’attends cet album. Depuis l’époque où j’ai découvert Portishead : 1ère année de BTS, échange culturel avec une nouvelle connaissance : radiohead contre portishead, comme dirait Brassens je n’ai pas perdu au change.
Deux albums + un live qui me rendent directement fan du groupe, et tout semble au mieux quand apparait quelques mois plus tard sur le site officiel l’arrivée prochaine d’un troisième album. Trois albums de radiohead et un solo de Beth Gibbons plus tard, voilà enfin l’arrivée de cette arlésienne. On écoute une dernière fois la montée sans fin de « Strangers » qui clot magnifiquement le live (avec un Roads le précédant non moins superbe), on fait le vide et on lance le CD.Quelques mots d’espagnol, la rythmique incessante, les bruits métalliques puis la voix de Beth, toujours reconnaissable, toujours aussi belle mais plus torturée : bienvenue dans ce nouveau portishead.

Ce nouvel univers où la souffrance a l’air d’avoir pris le pas sur l’esprit plus « naïf » des anciens opus. Dorénavant les ballades sont envahis par ces bruits mettants mal à l’aise (Hunter, Plastic), rappelant les ambiances oppressantes des Silent Hill. Et ce sentiment continu, celui de n’être jamais tranquille, à l’abri. Ce portishead vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. Et finalement cette densité constitue à la fois la force et la faiblesse de cet album. Il devient plus difficile de l’écouter d’une traite (en restant concentré bien sûr, je ne parle pas d’en faire une musique d’ascenseur pour couvrir le fond) et des morceaux qui pris un par un sont bons deviennent agaçants au milieu de tout ce brouhaha (We carry on, Magic doors). Des morceaux plus légers viennent radoucir l’ensemble (The rip, Deep water) mais l’équilibre n’est plus aussi bien trouvé, heureusement la durée relativement courte empêche toute overdose.

Mais bon, on va arrêter de faire la fine bouche, beaucoup de morceaux sont bons, voire très bons (silence, Small, Threads qui clôture aussi très bien l’album) et portishead a su évoluer tout en gardant l’esprit qui est le sien. Pas trop mal pour des retrouvailles.